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Truc de pratique privée : faites-en moins et gagnez plus

En pensant à la pratique du droit, j’ai souvent en tête la voix du narrateur de l’intro de l’émission The Six Million Dollar Man : «We can rebuild him; we have the technology». Dans le monde actuel, oui, la pratique de bien des avocats pourrait bénéficier d’une chirurgie reconstructive, pas de doute. C’est d’ailleurs le cas généralement dans la société: on peut désormais mieux faire beaucoup de choses, si on se donne la peine d’y réfléchir!

Je tombais récemment sur un article intéressant sur Evolve the Law (sur le blogue Above the Law), au sujet de ce que les juristes peuvent faire afin de gagner plus, en moins de temps. Je vous recommande l’article qui fait réfléchir sur la façon dont nous (les avocats) nous laissons gruger une part substantielle de chaque journée, peut-être parce que la profession n’a jamais collectivement appris à mettre l’accent sur l’efficacité, reposant traditionnellement sur le modèle de la facturation du plus grand nombre d’heures possibles, au taux horaire le plus élevé possible. Comme en 1959, disons.

L’article en question cite une étude annuelle (américaine) intitulée le Clio Legal Trends Report concluant qu’en 2018, un avocat typique (en petit ou moyen cabinet) réussissait à mettre seulement 2,4 heures de temps facturable sur sa feuille de temps quotidienne, en moyenne. Pire encore, selon cette étude, seule 1,9 de ces heures aurait été facturée, et 1,6 payée. Ouch. Pas très surprenant dans ce contexte que la plupart (75%) des juristes affirment devoir régulièrement travailler en dehors des heures normales de bureau. Le problème est d’ailleurs applicable à ceux et celles qui travaillent dans d’autres contextes. La productivité, c’est l’affaire de tout un chacun.

Une des conclusions du rapport de Clio, c’est que les avocats ne se concentrent généralement par sur la croissance ou l’efficacité, mais qu’ils le devraient. Bon, vous me direz que l’auteur de cet article travaille pour Priori (qui vend du temps d’avocats contractuels) et que Clio (qui vend l’accès à sa plateforme aux avocats qui veulent se montrer plus efficaces) ne sont pas les sources les plus objectives sur cette question. Peut-être, mais en discutant avec des juristes au Québec, je vous dirais que la problématique s’avère bien réelle ici, comme ailleurs en Amérique du Nord. L’avocat moyen (solo ou en petit cabinet) en Amérique du Nord pourrait certainement bénéficier d’une amélioration de ses façons de travailler, ce qui se reflète, au final, dans sa capacité à abattre assez de travail ou à générer assez de revenus à son goût ou à celui de sa firme. C’est endémique.

Pour renverser cette tendance, la suggestion qui mérite réflexion est tout simplement de voir à se concentrer sur la pratique du droit elle-même. Eh oui, vous êtes avocats, veuillez à ce qu’un maximum de vos journées au boulot soit passé à faire… du droit. Évident? Pas tant que cela, je vous dirais, dans la réalité des choses de la pratique privée. L’idée, c’est de parvenir à se concentrer en particulier sur les types de tâches qui génèrent effectivement des honoraires. Par exemple :

  • La pratique du droit étant ce qu’elle est désormais, une partie du travail à effectuer sera souvent effectué sur une formule forfaitaire. Quand c’est le cas, l’avocat a tout avantage à déléguer ou à trouver des façons d’atteindre le résultat escompté en minimisant le temps qu’il passe personnellement à effectuer des tâches; et
  • le fait est que nous (juristes) sommes sujets à toutes sortes de dépenses en temps comme la gestion, l’organisation, la facturation, la perception, etc. Au final, ce sont souvent toutes ces tâches diverses qui finissent par bouffer le temps d’une journée de travail, qui aurait pu être traité (et travaillé) comme du temps générateur de revenus.

Au final, moins vous perdez de temps sur ce genre de tâches, plus le nombre d’heures passées à faire votre travail réel d’avocat pourra être élevé –évidemment! Je soupçonne qui si vous créez un tableau à deux colonnes en divisant les choses à faire selon qu’une tâche résultera ou non en un revenu, pour une journée, vous seriez étonné de la quantité de temps passé à effectuer des choses non génératrices de revenus. Le vol de votre temps, il est là, purement et simplement.

Le problème, c’est notamment que, trop occupé à faire ce qui doit l’être immédiatement chaque jour (de façon souvent ponctuelle), on dépense notre temps à effectuer toutes sortes de tâches qui, finalement, auraient pu être faites par quelqu’un ou quelque chose d’autre ou, à tout le moins, qui auraient pu être effectuées d’une façon différente qui implique moins de notre temps d’avocat. À ne pas explorer ces solutions existantes, on demeure perpétuellement en mode rattrapage : après tout, qui a le temps de réfléchir à de meilleures façons de faire les choses quand on a tant à faire? Vous voyez le cercle vicieux.

En fait, dès qu’on est confronté à un type de tâche qui entre dans quelque chose qui s’effectue à forfait ou qui s’avère non facturable (c.-à-d. qui ne pourra être facturé à l’équivalent de notre plein taux horaire), on devrait premièrement se demander s’il n’a pas une façon de déléguer, d’automatiser ou d’autrement obtenir le même résultat, sans saboter la ressource la plus précieuse dont il dispose : le temps qui pourrait éventuellement être facturé à un client. À défaut de ce faire, vos journées disparaissent et vos chiffres mesurables de rendement finissent évidemment par en souffrir.

Par exemple, vous écrivez fréquemment un certain type de courriel? À ne pas vouloir prendre le temps d’en faire un gabarit, vous perdez 10 ou 15 minutes à répétition… c’est un exemple typique. Même genre de chose pour les types de documents qui vous générez souvent, sans pour autant prendre la peine de vous faire un modèle neutre convenable, parce que cela représente une « perte de temps » à court terme. En pratique, on se vole ainsi du temps au quotidien, ce qui, à la fin du compte (d’une année, par exemple), finit par donner des chiffres horribles du genre du 2,4 cité ci-haut.

En somme, si vous voulez faire plus d’argent comme avocat, en maintenant la qualité du service offert : travaillez moins fort, mais arrangez-vous pour facturer une plus grande portion du temps que vous passez effectivement à travailler. Faites du droit, certes, mais d’une façon qui maximise ce que rapportera chaque heure travaillée. C’est ce qui s’avère la clé.

Pour ce faire, vous aurez besoin d’aide. Cette aide peut être du personnel de soutien, des collaborateurs(trices) dans une autre formule (étudiant, stagiaire, fournisseur, etc.) ou encore de l’aide technologique. Oui, on a aujourd’hui accès à de nombreuses technologies et à de nombreux fournisseurs qui sont disponibles et peuvent nous dégager du temps. C’est épatant tout ce qui existe aujourd’hui, particulièrement quand on compare le coût d’une telle solution à une heure qui pourrait (autrement) être éventuellement facturée à 200$ l’heure ou plus. À ne pas prendre le temps de réfléchir à ces solutions de rechange à nos façons de faire, nous sommes souvent notre pire ennemi en matière de productivité.

Pour terminer là-dessus, je vous cite une anecdote, un type de recherche que j’effectuais auparavant manuellement, jusqu’à découvrir qu’un fournisseur pouvait le faire pour moi, plus rapidement et à un prix inférieur à celui que j’exigeais pour ce service jusque-là. Ce genre de scénario est gagnant-gagnant, mais exigeait néanmoins que je me donne la peine de remettre en question ma manière d’effectuer le type de tâche en question et s’il s’avérait possible d’optimiser la chose… Eh oui, à ne jamais prendre le temps de vous interroger au sujet de votre efficacité ou de vous munir d’outils appropriés, le manque de temps et/ou les revenus insuffisants pourront s’avérer des problèmes chroniques de votre pratique. N’en tient qu’à vous d’y voir!